Douaniers sans frontières
Après Médecins sans frontières, Reporters sans frontières et bien d'autres, une nouvelle
association vient de naître: Douaniers sans frontières. En effet, avec la construction de
l'Europe et la disparition progressive des douanes traditionnelles, les douaniers ont perdu
leur territoire, leur chasse gardée, leur petit mètre carré dans lequel ils sont tout puissants.
Finalement, bien mieux que la disparition des frontières en Europe, c'est la disparition des
douaniers qu'il faut saluer. Ce non-métier, exercé par des terriens du troisième type oscillant
entre le sadisme primaire et la bêtise sur-entraînée (vous savez, le truc qui n'a pas de
limites) est bien étrange. Chacun peut en faire l'expérience. Il vous suffit de passer devant
un douanier sans baisser les vitres de la voiture. Normalement vous allez recevoir invectives,
menaces et autres armes des faibles en habit d'apparat. La prochaine fois, essayez de vous
arrêter et de baisser la vitre devant un douanier en train de parler avec un collègue. Là vous
risquez un: "Ben alors! Allez-y!!".
Qui parmi vous n'a jamais eu une étrange hésitation devant le même douanier toujours en train
de parler avec son collègue (à croire que le travail en binôme, comme en informatique, évite
les bavures), lorsque celui-ci semble faire un signe de la tête. On ne sait si le vague geste
fait partie de sa conversation hyper-intéressante ou bien si c'est à vous qu'il essaie de dire
"Allez-y!". A croire qu'au fil des années la relation entre le douanier et sa proie s'est
optimisée au point que sa seule présence devrait nous plonger dans une osmose permettant de se
comprendre sans une parole, sans même un geste, aussi embryonnaire soit-il.
Bien sûr, c'est caricatural, exagéré, généralisé, mais tellement vrai. Et comme, parmi les
douaniers, il doit y avoir la même proportion de gens sympathiques que dans le reste de la
population, c'est forcément la fonction qui pose un problème et non l'humain qui la revêt.
Le franchissement d'une douane est une mini garde à vue, et pour une fois n'importe qui peut
avoir l'impression d'être dans la peau d'un malfaiteur ou d'un criminel.
La disparition des douanes a donc poussé nos braves barrières vivantes à se mettre au service
de pays étant en manque de douaniers. De cette manière, en cas de conflit, les reporters sans
frontières nous tiennent au courant des événements, les médecins sans frontières essaient de
soigner les plus démunis et les douaniers sans frontières sont là pour les empêcher de passer.
(janvier 2006, prof. Black)