Le lapin dans la marmite
Il est une tradition purement genevoise: la marmite de l'Escalade en chocolat.
Pour ceux qui l'ignorent, la nuit du 11 au 12 décembre 1602 a été chaude à Genève.
En résumé une charmante jeune fille a lancé sa marmite de soupe sur la tête de plusieurs Roméo
qui escaladaient les remparts. Depuis, les commerces, grands et petits, proposent des marmites
en chocolat. Le problème est qu'ils vendent de plus en plus tôt dans l'année. Il n'est pas rare
de trouver des marmites déjà vers la fin octobre. Et là, c'est le début de la spirale infernale,
la précipitation du temps, le dérapage marketeux, le délire du libre commerce. Bientôt on pourra
acheter des marmites en chocolat au moi de juin (c'est très pratique dans un sac à pic-nic pour
aller à la piscine!). Pourquoi pas déjà à Pâques ? En voilà une bonne idée. Oui, mais les lapins
de Pâques en chocolat, alors ? Aucun problème, on les vendra déjà à Noël, ou même quelques jours
avant; vers le 11 ou 12 décembre, par exemple.
Dans un élan écologique je propose donc un multipac: le lapin vendu directement dans la marmite.
Et pour ne pas faire de jaloux, on y mettrait aussi un sapin de Noël. Pour contenter les petits et
les grands on pourrait se procurer le tout n'importe quand et n'importe où. On pourrait aussi
imaginer le super-multipac comprenant également une courge d'Halloween, un poisson d'avril,
un bouquet de muguet, une grille de loto et ... un raton laveur. Pour faire dans la géographie
paneuropéenne, ou même mondialiste, on pourrait même y ajouter quelques bêtises de Cambrais,
deux fourchetées de Rösti, des moules et des frites, un soupçon de piñacolada et un peu de guacamole.
Heureusement qu'on a prévu une grosse marmite au départ!
Entre les lapins de Noël et les courges de Pâques, comment peut-on donner la notion du temps aux enfants ?
(janvier 2006, prof. Black)